Les œuvres pour cordes de Locatelli offrent un regard de choix sur le remarquable dynamisme orchestral italien du début du XVIIIe siècle. Reflétant tout autant l’aspiration classique de Corelli que la théâtralité, l’ambiguïté dialectique et l’expérimentation virtuose de Vivaldi (deux maîtres que Locatelli a connu personnellement), ces compositions font apparaître un langage particulier, capable d’articuler les éléments les plus disparates.

La principale raison d’être de cet enregistrement est d’abord de mettre en valeur la richesse de ce monde sonore destiné à l’orchestre à cordes. Il survolera le corpus de l’opus 1 à 7 et ses différentes identités : Concerti grossi, Introduzione teatrale et Sinfonia funebre. Pour ceci, une approche linguistique historique est essentielle, qui s’appuiera sur tous les éléments grammaticaux, contextuels et conceptuels qui peuvent être dégagés de l’étude musicologique.

Cette démarche toutefois n’est pas motivé par la pédagogie, la présentation du patrimoine, ni la défense d’une quelconque (et futile) prétention d’authenticité historique. Si elle cherchera à définir le plus précisément possible les ingrédients et outils utilisés par le compositeur, c’est avant tout pour mieux saisir quels sont ses choix propres, sa rhétorique, sa volonté expressive, phénomène transcendantal et universel.

Pour ceci nous avons pensé articuler les compositions de Locatelli autour d’une composition contemporaine commandée à Benjamin Attahir réagissant à leur présence et proposant à son tour une toile de fond sur laquelle chacune d’entre elles pourra affirmer sa personnalité tout en étant impliqué dans un phénomène global.

Olivier Fourés, musicologue.