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    Découvrez L’Heure Bleue notre nouveau disque, sorti le 30 avril chez Evidence classics !

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    L’Heure Bleue est ce moment fugitif entre la fin de la nuit et le lever du jour, moment de silence, d’incertitude, de bascule, où le cours du monde, comme à l’arrêt, se voile d’une teinte uniforme, d’un bleu indéfinissable qui n’appartient qu’à ces quelques minutes. 

    À l’image de ce moment de rêve éveillé, le programme de cet album est construit autour du Concerto funèbre de Hartmann et de l’œuvre, lumineuse, de Hildegarde de Bingen – à laquelle le concerto fait écho par les nombreuses citations qu’il égrène. Il y fait également graviter les compositions de Dmitri Chostakovitch et Philippe Hersant, dans un subtil entrelacs. C’est parce que ces pièces évoluent toutes entre lumière et pénombre, entre son et silence, entre rêve et cauchemar, que nous les avons réunies ici : dialogue constant entre le ciel et les enfers, à la lisière du temps, elles entrouvrent la brèche de ce monde et font éclore alors L’Heure Bleue – l’image de cette autre rive de l’univers que seule la musique nous livre.

    Karl Amadeus Hartmann, compositeur allemand farouchement opposé au nazisme, choisit dès 1933 l’exil intérieur, et refuse de prendre part à toute vie culturelle. Son souhait de demeurer en Allemagne apparaît alors une forme de résistance, qui vise à témoigner des horreurs qui allaient s’y produire. Il reste convaincu que la liberté vaincra. 

    Ses œuvres sont autant des dénonciations que des appels à la résistance. C’est en 1939 qu’il écrit son Concerto funèbre, en réaction à l’invasion de la Pologne et à l’annexion de la Tchécoslovaquie par Hitler ; il le dédie à son fils, alors âgé de quatre ans. Le concerto est ensuite créé en Suisse en 1940. Sombre et lugubre, il naît du silence et s’enfonce dans la nuit. La ligne de son violon semble évoluer à la limite du sonore, interrompue par de fugaces éclats : visions cauchemardesques que l’orchestre accompagne frénétiquement, et que la brève respiration du dernier mouvement soulage à peine. Véritable cri contre l’aveuglement humain, cette œuvre se veut également porteuse d’un espoir et d’une profonde foi en l’avenir de l’humanité.

    “Mon Concerto funèbre a été composé à l’automne 1939. Ce moment fut déterminant dans la conception de l’œuvre. Les quatre mouvements Choral-Adagio-Allegro-Choral s’enchaînent sans interruption. L’espoir exprimé dans les deux chorals, au début et à la fin de l’œuvre, répond au désespoir intellectuel de l’époque.”

    Karl Amadeus Hartmann

    Le premier mouvement cite le choral « Vous qui êtes les combattants de Dieu », déjà utilisé par Smetana dans Ma Vlast : il s’agit sans conteste d’une dénonciation politique.  Le violon solo vient y murmurer un profond geste de solitude, qui trouve peu d’écho dans l’orchestre.

    L’Adagio s’épanouit, quant à lui, à la manière d’une méditation, une narration, une introspection, entrecoupée par une danse aux contours nostalgiques. L’Allegro fait exploser la révolte : c’est un appel au soulèvement où viennent se mêler diverses citations de compositeurs exilés – Bartók, Stravinsky, Chostakovitch. C’est une accélération croissante et ininterrompue au cœur de l’abîme. Le violon vient s’installer dans deux arrêts de musique, à peine audible, et nous délivre une phrase désespérée.

    Après un long silence, l’orchestre entame le choral final, qui reprend un chant révolutionnaire russe également utilisé par Chostakovitch dans sa 11e Symphonie. Le violon y répond par des motifs ascensionnels ouvrant sur une phrase au grand lyrisme, avant de retomber dans le silence, et de conclure par un dernier accord implacable.

    À cette œuvre de l’insoumission, nous avons voulu répondre par la musique céleste de Hildegarde de Bingen, connue pour avoir été inspirée dès l’enfance par de nombreuses visions : « Simultanément je vois, j’entends, je sais et, presque d’un coup, j’apprends ce que je sais ». À la fois abbesse, compositrice, médecin et écrivain, elle dirigea également une école d’enluminures, travaillant à percer le mystère des plantes et du corps humain, des formes et des lumières. Le choix des trois Visions de Hildegarde de Bingen s’est fait en miroir du Concerto funèbre de Hartmann : Magne Pater, l’origine, Rex Noster, écrit pour les Martyrs innocents, Vos Flores Rosarum, message d’espoir décrivant les roses capables de pousser sur un champ ensanglanté.

    Puis, nous avons passé commande à Philippe Hersant : Une vision d’Hildegarde apporte un regard contemporain sur cette opposition entre la vision funeste d’Hartmann et celle, flamboyante, de la poétesse.

    “Une vision d’Hildegarde est comme un trait d’union entre ces deux mondes – vision mystique et vision d’enfer.  L’œuvre est portée, de bout en bout, par la mélodie d’un des plus beaux chants d’Hildegarde, O Vis Aeternitatis. Mais j’y ai glissé également une allusion à Hartmann, à travers le choral hussite « Vous qui êtes les combattants de Dieu », qui est cité dans le premier mouvement de son concerto.
    L’œuvre, d’un seul tenant, se présente comme un vaste adagio pour violon solo et petit ensemble de cordes. Son parcours est presque continûment ascensionnel. La mélodie d’Hildegarde, confiée au violon solo, est répétée à plusieurs reprises, dans un registre chaque fois plus aigu, jusqu’à la dernière strophe où, entourée par les sons harmoniques de tout l’orchestre, elle atteint des hauteurs stratosphériques.”

     Philippe Hersant

    En écho aux références et citations du Concerto de Hartmann, nous avons choisi d’inclure à ce programme deux pièces pour octuor à cordes de Chostakovitch, dédiées à l’ami poète Volodia Kurtchavov, disparu prématurément. Chostakovitch n’a que dix-huit ans lorsqu’il écrit ces deux mouvements d’une Suite inachevée. Le prélude s’ouvre avec l’intensité dramatique d’une ouverture à la française, alternant récitatifs solistes et déclarations plus symphoniques. Dans le scherzo, dissonant et grinçant, se déchaîne cette force viscérale, particulièrement frappante dans l’œuvre de Chostakovitch, et qui ne laisse jamais indifférent. Geste presque expressionniste, il semble se dévoiler, d’un sourire étrangement tordu, à travers un prisme déformé de la réalité.

    Au-delà d’une succession d’œuvres qui pourraient exister par leurs seules éloquences, force et beauté, nous avons essayé de proposer une expérience sensorielle et intellectuelle, que nous invitons à partager.